Droit de réponse à Elyès Jouini

Publié le par Dette Tunisie

 

Suite à l’article d’Elyes Jouini paru sur Leaders, le Comité de réflexion sur la dette tunisienne publie un droit de réponse.

Nul besoin de présenter M. Jouini, un simple passage sur sa page wiki démontre à quel point il représente ce que de nos jours nous appelons l’élite intellectuelle.  

Passons le titre de l’article, en quelque sorte, une ode à l’optimisme : saignez (c’est déjà fait, on remarquera l’absence d’hommage aux martyrs), ayez de la peine, des larmes et de la sueur. Citation de Churchill, une grande référence pour les tunisiens, auquel il faudrait comparer le gouvernement actuel, rien que ça !

Passons les chiffres de l’emploi, les tunisiens se sont battus pour cela et savent très bien que ça ne se règlera pas du jour au lendemain, pourvu qu’ils construisent leur avenir avec espoir, « espoir » auquel M. Jouini associe le programme Amel qui consiste à faire bénéficier 50.000 diplômés du supérieur de sessions de formation et de stages dans les spécialités définies en fonction des exigences du marché de l’emploi. Les exigences du marché de l’emploi sont-elles en phase avec les exigences des jeunes diplômés tunisiens ? Peut-être que c’est une question qu’il faudra soulever.

Mais il est un passage que nous ne pouvons laisser passer, car il constitue la base de notre travail. « Il nous faut attirer, dit-il, 5 milliards de dinars de capitaux pour répondre aux besoins de notre économie. Et ce n’est pas en proclamant unilatéralement l’annulation de la dette que l’on rassurera les investisseurs. Bien sûr c’est une dette qui a été contractée par un régime odieux mais elle l’a été au nom de la Tunisie, au nom du peuple tunisien et ce dernier n’a qu’une seule parole. Bien sûr, une partie des financements a été détournée par certains, mais il y va de notre responsabilité d’honorer la dette tout en poursuivant ceux qui ont abusé de notre confiance pour récupérer jusqu’au dernier dinar. »

1 / Nous ne proclamons pas unilatéralement l’annulation de la dette. Nous proclamons la mise en place d’un audit d’une dette contractée par un régime dictatorial. De cet audit, nous voulons extraire la part odieuse, qui ne doit en aucun cas être payée par le peuple tunisien. Imaginerait-on une seconde un citoyen tunisien, torturé pendant la dictature, « honorer » la part odieuse de la dette qui aurait servi à acheter du matériel de torture ?

2/ Associer la Tunisie et le peuple tunisien au régime de Ben Ali en insinuant que ce dernier aurait contracté des dettes « au nom de la Tunisie et au nom du peuple tunisien » est la pire insulte que l’on puisse faire aux tunisiens. Nous sommes affligés par un tel amalgame. Bientôt vous nous direz que nous étions en démocratie et que Ben Ali, plébiscité lors des élections, ne faisait que travailler au service de la Tunisie et de son peuple ?Doit-on rappeler à M. Jouini la définition d'une dette odieuse

« Un gouvernement doit pouvoir œuvrer dans le champ économique comme s’il devait durer et doit œuvrer dans le champ politique, renforcer les institutions, garantir la mise en place des contre-pouvoirs, comme s’il devait partir demain. »

Nous pensons l’inverse. L’économie, c’est l’avenir de la Tunisie. Comment un gouvernement provisoire, ne représentant aucunement le peuple tunisien (même si à vos yeux, il serait comparable à Churchill), peut-il engager la Tunisie sur le long terme en terme de choix économiques et ce, sans consulter le peuple ? Comment peut-il signer des accords économiques avec des pays comme la France tout en sachant comment ces pays traitent nos concitoyens tunisiens ? Humiliation.

Si nous lisons entre les lignes de votre article, il faudrait attirer les investisseurs en s’endettant encore et toujours tout en sachant que l’endettement extérieur a été un frein au développement de la Tunisie.

Pour information, voici un passage du Rapport 2010 des services du FMI sur les consultations du FMI au titre de l’article IV concernant la Tunisie :

« 22. Le régime fiscal pourrait être rendu plus favorable aux entreprises.

Des comparaisons avec les autres économies émergentes indiquent que la pression fiscale sur les entreprises est relativement élevée en Tunisie et qu'il serait également possible d'accroître le rendement des taxes sur la consommation. C'est pourquoi, une réduction de l'impôt sur les bénéfices des entreprises, compensée par un relèvement du taux normal de la TVA ainsi qu'un élargissement de son assiette moyennant l'élimination de certaines exonérations, serait susceptibles de stimuler la croissance. Les services du FMI sont satisfaits du fait que les autorités prévoient de poursuivre la réforme des droits de douane pour les rapprocher des normes internationales, en réduisant davantage les niveaux et le nombre de taux. »

Voici ce qui accompagnait les fameuses « aides » de nos investisseurs qu’il faudrait rassurer. Augmentons la TVA, baissons l’impôt sur les bénéfices des entreprises, baissons les droits de douanes, et courbons l'échine pendant que nous y sommes ? Est-ce la dignité pour laquelle se sont battus tous les tunisiens et sur laquelle vous appuyez votre argumentaire ?

 

Dans un entretien au Monde datant du 7 Avril, M. Jouini répond à la question :

"L'Europe va être la voisine d'un monde arabe nouveau. Quelle doit être l'attitude de ce grand voisin qu'est l'Europe ?"

"Elyès Jouini : Il faut un plan Marshall, un investissement massif de la part de l'Europe, des Etats-Unis, de l'ensemble des pays qui veulent soutenir la démocratie. Tant que l'on sera sur des réponses au cas par cas, finalement, cet énorme élan démocratique risque de s'enliser, voire de sombrer dans les difficultés inhérentes à toute transition démocratique, liées au fait que si l'amélioration de la situation économique n'accompagne pas la démarche démocratique, on risque de revenir en arrière."

 

Si la solution que préconise M. Jouini est un Plan Marshall, alors il n'y a même plus de commentaire à faire. Chacun se fera son opinion.

 

S’il est un sentiment qui ressort de votre article, c’est bien de l’indignation.

 

Le Comité de réflexion sur la dette tunisienne

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mehdi khodjet el khil 12/04/2011 03:14


Elyes jouini, Le psychologue des marchés veut que la Tunisie s'endette de 5 000MTND et surtout ne pas toucher au remboursement de la dette même si elle est odieuse et illégitime. En voila un dont
on est sur de savoir que ce n'est pas pour les intérêts des tunisiens qu'il s'exprime