Droit de réponse au Dr Moncef Guen

Publié le par Dette Tunisie

Suite à l'article de M.Guen paru sur Leaders, le comité de rélflexion sur la dette tunisienne publie un droit de réponse. 

Intitulé "Faux débat",  le premier paragraphe en dit long sur la conception qu'a l'auteur de la notion de démocratie, une démocratie sans débats ou qu'avec des débats jugés importants par des initiés. Le paiement annuel du service de la dette (capital et intérêts) représente le premier poste de dépense de l'Etat devant l'Education ? Le processus d'endettement a permis de financer les instances étrangères ? Quelle importance de débattre de ce sujet voyons, la Tunisie est un miracle économique. Dormez tranquilles braves gens.

 D'après M. Guen, "Ce débat ne vaut même pas la peine d’être soulevé car le problème ne se pose même pas". M. Guen poursuit en justifiant ce non-problème par les chiffres du stock de la dette tunisienne en pourcentage de PIB comparé à d'autres pays, sous-entendu "il y a pire contentez-vous de cela". Au lieu de regarder le pire pour susciter la crainte et la peur, pourquoi ne pas parler du meilleur pour la Tunisie? En rentrant un peu dans les détails des chiffres annoncés, on se rend vite compte que M. Guen s'emmêle les pinceaux.  Tout d'abord, en 2004 la dette extérieure tunisienne représentait 69%, et 53,7% en 2009 selon la Banque Africaine de Développement, ce qui ne correspond pas aux chiffres annoncés. Puis M. Guen s'enflamme à comparer cette dette à celle du Liban, chiffre annoncé: 150%, en quelle année ? Mystère. En 2009, elle était de 72% selon la Banque Mondiale. Brésil, chiffre annoncé: 60,80%, encore un mystère vu qu'elle était de 17% en 2009. La Jordanie, chiffre annoncé: 60,80%, le compte n'y est toujours pas, elle était de 29% en 2009. Le doute, forcément, commence à s'installer. Mais approuvant tout de même la méthodologie consistant à comparer cette dette à celle d'autres pays, nous poursuivons l'effort entrepris. Voici les chiffres pour les pays avoisinant la Tunisie (même source de la Banque Africaine de Développement): en 2009, la dette extérieure pour l'Algérie est de 2,7% du PIB, pour l'Egypte 17%, pour le Maroc 20,7%, pour l'Afrique du Nord 20,5% et pour la Tunisie... 53,7% ! On aurait aimé que M. Guen nous fasse découvrir ces chiffres au lieu de nous comparer au Japon. Ce manque de sérieux est insultant pour le lecteur qui souhaite s'intéresser au sujet.

 M. Guen nous informe que le service de la dette "qui représente environ 11% des recettes d’exportation des biens et services, demeure gérable.". Cet indicateur largement utilisé a pour vocation d’être un indicateur de la capacité d'un pays à assurer le remboursement de la dette, par la part de celle-ci permettant de générer des devises transférables (le montant des exportations). Cet indicateur s’adresse donc fondamentalement aux créanciers et ne permet que de savoir dans quelle mesure les richesses dégagées par le pays concerné sont susceptibles de leur permettre d’assurer son « devoir » de débiteur (source: Observatoire International de la Dette). Pour mieux juger de l’impact socio-économique de l’endettement et pour mettre à jour la charge effective que représente la dette sur le développement de la Tunisie, je renvoie le lecteur à l'article publié sur Nawaat au chapitre A.

Nous aurions préféré que M. Guen n'entretienne pas une confusion entre annulation de la dette totale et annulation de la dette odieuse. Pour ceux que le terme "odieuse" gène, sachez que ce terme est une jurisprudence reconnue en droit international. Pour être clair, il n'est pas question d'annuler la dette totale de la Tunisie, nous ne sommes ni rebelles, ni démagogues. Il s'agit en priorité de mettre en place un audit de la dette afin d'extraire la part qui n'a pas servi au peuple, mais qui a plutôt servi à enrichir un régime dictatorial au détriment du peuple. S'opposer à cet audit, c'est priver le peuple d'exercer son droit de participation aux affaires publiques de son pays, droit inscrit à l'article 21 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.  

M. Guen termine par un paragraphe cherchant à instiller la peur. Peur de ne plus être financé par les mêmes qui ont fermé les yeux sur la dictature pendant des décennies. Peur de faire échouer la Révolution. La peur, c'était le leitmotiv de l'ancien régime. Essayons de penser librement, sans toujours invoquer la peur qui ne fait qu'inhiber l'esprit. 

"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux." Benjamin Franklin

 

Le Comité de réflexion sur la dette tunisienne

Publié dans Généralités

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Dette Tunisie 29/03/2011 21:57


Bonsoir M. Guen,

1/ Nous avons bien reçu tous vos mails pour que vous puissiez publier un droit de réponse à notre article. Néanmoins, nous avons demandé un droit de réponse à votre article à Leaders, sans réponse
de leur part. De plus, notre commentaire sur votre article pointant sur notre site a mis 4 jours avant d'être publié ! Une fois l'article en bas de page. Nous trouvons cela fort douteux de la part
d'un journal se voulant être à la pointe. Nous avons donc attendu la publication de ce commentaire avant de publier votre réponse.

2/ Veuillez trouver notre commentaire à votre article en bas de celui-ci.

Bien cordialement,


Dr.Moncef Guen 29/03/2011 21:43


Droit de reponse a votre droit de reponse
Je ne cherche pas a polemiquer avec vous mais voudrais faire une mise au point, suite a votre reponse publiee le 25 courant.
1. Je n'ai jamais dit dans mon article: pas de debat. J'ai dit: faux debat. Il y a une grande difference. Le probleme ne se pose pas car la Tunisie, malgre les difficultes transitoires, a les
moyens d'honorer sa dette. Elle l'a fait dans des moments encore plus difficiles dans la decennie 1980;
2.Les chiffres du ratio dette/PIB de la Tunisie et d'autres pays sont tires des statistiques financieres internationales, notamment the World Economic Outlook.En 2003,la dette de la Tunisie
representait 66,3% du PIB;une partie des recettes de la privatisation partielle de Tunisie-Telecom a ete utilisee pour reduire ce taux qui depassait trop la cote d'alerte. Certains pays,notamment
africains, ont beneficie de l'Initiative des pays pauvres tres endettes (IPPTE)qui leur a permis d'effacer leur dette exterieure, apres avoir accompli un certain nombre de reformes et avec
affectation de ces ressources en faveur du developpement humain. La Tunisie a un revenu par tete superieur a ces pays et ne peut pas beneficier de cette initiative;
3. Si vous voulez faire faire des audits, commencez par le demander sur les ressources sorties illegalement du pays et dont beneficient actuellement les banques et d'autres entites des paradis
fiscaux et celles d'autres pays comme la France. Sur le plan interne, demandez, par exemple, l'audit du fameux compte 26-26, soi disant mis en place pour aider le plus pauvres parmi nos
concitoyens;
4. Dette odieuse! Y a-t-il une dette magnifique? Pour moi, toute dette est "odieuse" car il faut, malheureusement, la payer, surtout la dette contractee par les generations anterieures et la dette
qui a servi la consommation et non l'investissement. N'oublions pas que la Tunisie a sombre sous le colonialisme francais au XIX eme siecle, suite aux depenses somptueuses des Beys couvertes par
des dettes exterieures non remboursees;
5. Vous dites que j'utilise le langage de la peur. Non, le langage du realisme. Amusez-vous a ne pas rembourser votre credit bancaire, votre banque vous passera au contentieux. Meme si vous
empruntez chez un ami ou un parent et vous ne le remboursez pas, il ne vous pretera plus rien;
6. Les defis auxquels notre pays fait face sont majeurs, notamment le chomage des jeunes. Nous avons besoin des ressources importantes qui ont fui a l'etranger et des ressources mobilisables a
l'interieur et a l'exterieur pour mettre ces jeunes au travail.
Dr Moncef Guen


Moncef Guen 29/03/2011 03:52


Je vous ai contacte en vous laissant un message sur votre blog pour me donner votre adresse e-mail afin de repondre a votre reponse. Mais vous ne me repondez pas. Si vous etes vraiment democrates,
repondez en me donnant votre adresse e-mail.
Dr. Moncef Guen


mehdi khodjet el khil 25/03/2011 01:53


Ce droit de réponse est très bon, tu peux le poster sur leader
J’aurais précisé que parce que M. Guen, a perdu toute crédibilité dans sa capacité d’analyse et de conseil, pour nous avoir qualifié d'irresponsables car nous demandons l'annulation de la dette
odieuse de Ben Ali. On peut lui répondre, qu'en plus de vouloir s'opposer à l'ouverture d'un débat légitime, nécessaire au vu des conditions économiques actuelles, qu’en plus de vouloir endormir le
peuple avec des chiffres erronés, qu'il est encore plus irresponsable de vouloir refuser l'application des droits régaliens d'un peuple opprimé de relever la tête en annulant une dette odieuse,
illégitimée par un audit citoyen et démocratique, de refuser au peuple l'accès aux droits de l'homme en particulier l'article 21. C'est dans le refus de l'accès aux droits et à la justice que les
dictatures prennent leurs racines. Que son article est une méconnaissance de l’économie sur laquelle il souhaite apporter conseil, un mépris pour la révolution tunisienne, un mépris pour les
martyrs, un mépris pour la souveraineté du pays, un mépris pour la dignité du peuple tunisien, un mépris de l’identité tunisienne. Que l’interdiction de penser et de s’exprimer librement est le
terreau de l’oppression et de l’obscurantisme contre lesquels nos martyrs sont morts pour les dénoncer