Droit de réponse du Dr Moncef Guen à notre réponse

Publié le par Dette Tunisie

Je ne cherche pas à polemiquer avec vous mais voudrais faire une mise au point, suite a votre réponse publiée le 25 courant.


1. Je n'ai jamais dit dans mon article: pas de debat. J'ai dit: faux debat. Il y a une grande difference. Le probleme ne se pose pas car la Tunisie, malgre les difficultes transitoires, a les moyens d'honorer sa dette. Elle l'a fait dans des moments encore plus difficiles dans la decennie 1980;


2.Les chiffres du ratio dette/PIB de la Tunisie et d'autres pays sont tires des statistiques financieres internationales, notamment the World Economic Outlook.En 2003,la dette de la Tunisie representait 66,3% du PIB;une partie des recettes de la privatisation partielle de Tunisie-Telecom a ete utilisee pour reduire ce taux qui depassait trop la cote d'alerte. Certains pays,notamment africains, ont beneficie de l'Initiative des pays pauvres tres endettes (IPPTE)qui leur a permis d'effacer leur dette exterieure, apres avoir accompli un certain nombre de reformes et avec affectation de ces ressources en faveur du developpement humain. La Tunisie a un revenu par tete superieur a ces pays et ne peut pas beneficier de cette initiative;


3. Si vous voulez faire faire des audits, commencez par le demander sur les ressources sorties illegalement du pays et dont beneficient actuellement les banques et d'autres entites des paradis fiscaux et celles d'autres pays comme la France. Sur le plan interne, demandez, par exemple, l'audit du fameux compte 26-26, soi disant mis en place pour aider le plus pauvres parmi nos concitoyens;


4. Dette odieuse! Y a-t-il une dette magnifique? Pour moi, toute dette est "odieuse" car il faut, malheureusement, la payer, surtout la dette contractee par les generations anterieures et la dette qui a servi la consommation et non l'investissement. N'oublions pas que la Tunisie a sombre sous le colonialisme francais au XIX eme siecle, suite aux depenses somptueuses des Beys couvertes par des dettes exterieures non remboursees;


5. Vous dites que j'utilise le langage de la peur. Non, le langage du realisme. Amusez-vous a ne pas rembourser votre credit bancaire, votre banque vous passera au contentieux. Meme si vous empruntez chez un ami ou un parent et vous ne le remboursez pas, il ne vous pretera plus rien;


6. Les defis auxquels notre pays fait face sont majeurs, notamment le chomage des jeunes. Nous avons besoin des ressources importantes qui ont fui a l'etranger et des ressources mobilisables a l'interieur et a l'exterieur pour mettre ces jeunes au travail.


Dr Moncef Guen

Publié dans Généralités

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francesca nugnes 15/04/2011 02:29


Les créanciers savaient bien que l’argent emprunté par le dictateur tunisien n’était pas entièrement utilisé au bénéfice du people mais il était utilise au bénéfice personnel du dictateur. Le
dictateur a signé un contrat au nom du people mais pour son bénéfice. S’il s’agissait d’un débiteur quelconque les créanciers auraient vite arrêté de lui prêter de l’argent car les sous n’étaient
pas utilisés pour des investissements qui créent la base pour repayer la dette même (première règle à respecter avant d’octroyé un prêt  ). Mais ils ont continué à lui prêter des sous car dans le
cas d’un pays qui fait partie du FMI et de la Banque Mondiale ces deux institutions interviendront toujours pour prêter des sous et aider le pays à repayer sa dette ( et sauver les banquiers); en
échange ils vous demanderont d’appliquer ces mêmes politiques économiques que pour 20 ans ont empêchées le développement du pays. Ne me répondez pas que la Tunisie a le sous pour rembourser la
dette; ces sous devraient être utilisés pour des investissements dans le pays (Internet haut débit peut-être?) et pas pour repayer une dette que n’a pas été utilisée pour généré la croissance
nécessaire à la repayer. Les créanciers savent toujours à qui ils prêtent leur sous et comment les sous sont utilisés; si les sous ne sont pas utilisés pour générer le revenu nécessaire au
remboursement de la dette, les créanciers doivent arrêter de continuer à prêter. Mais ils ont continuaient à prêter car chez eux, au Nord, ils ne savaient plus à qui prêter (voir aussi la crise de
la dette au Nord)…et il faut poursuivre l’expansion du crédit autrement le système capitaliste se bloque. Élémentaire.


ahmed belaifa 13/04/2011 19:42


Ne pas payer sa dette ne peut pas être sans conséquence sur le débiteur. Il y a certainement et il y en aura toujours sur terre des personnes sans scrupule qui font fi de toutes les règles
d'éthique et qui renient leurs engagements. Mais en tant que tunisien je n'aimerai pas que mon pays faille à ses engagements. Il y va de la crédibilité de la Tunisie, et donc de la dignité des
tunisiens, de respecter sa signature envers ses créanciers. Par ailleurs et en ce qui concerne l'argument de ne pas payer une partie de la dette au motif qu'elle est illégitime, je ne vois pas en
quoi un créancier serait redevable des fraudes commises par les gouvernants de son débiteur. Pourquoi il aurait à payer à la place du fraudeur. Non Messieurs, la Tunisie n'a jamais failli à ses
engagements et même dans les périodes les plus difficiles de son histoire, elle a toujours tenu à les honorer. Les tunisiens ne vous laisseront pas faire et ne vous permmettront pas de ternir leur
image et de troubler les relations ave les partenaires de la Tunisie.


francesca nugnes 07/04/2011 04:12


Guen, ce n'est pas question de honorer ou pas sa dette, ou d'avoir ou pas les moyens de la payer, c'est tout simplement question de verifier avec un audit si cette dette est legittime, c'est à dire
si elle a profité au peuple tunisien ou pas. dans ce dernier cas on ne la payera pas. Point 4 de votre commentaire; et no, il vous faudra relire un peu sur l'economie keynesienne..toute dette n'est
pas odieuse; elle n'est pas odieuse meme pas si elle a été 'consommée` par son propre peuple, mais au moins c'est le peuple qu'en a profité (ok je suis d'acord ça aurait éte mieux l'investir) et
pas son dictateur. Pour le point 5 je vous rappelle que l'Equateur, apres audit de sa dette, a refusé de payer la partie illegittime en excercitant un acte souverain et..le pays n'a pas été effacé
du monde!! et l'argentine, qui pour 10 ans expressement n'a pas payé le club de paris pour utiliser les fonds (autrement destinés à la dette) afin du developpement du pays? ont-ils etaient eliminés
des tous echanges commerciaux avec le reste du monde??? NO, au contraire ils se portent bien et maintenant discutent de rapayer ce qui est legitime payer et.. sans intervention du FMI. chapeau les
argentins. Point6; justement la tunisie a besoin de ressources pour combattre le chomage, alors pourquoi vouloir repayer le dette avant d'avoir annulé ses composantes illegittimes???
francesca nugnes


Fathi Chamkhi 29/03/2011 23:17


Au contraire nous adorons la polémique. Alors polémiquons !
Vous posez comme axiome : ‘honorer sa dette’. Alors que nous, nous disons ce n’est pas notre dette. Nous disons tout simplement la chose suivante : ‘la dette est celle de Ben Ali’ c’est ‘une dette
de régime’ qui doit tomber, une fois le régime passé à la trappe, ce qui est le cas ici.
Vous dites ‘difficultés transitoires’ ! Nous disons un système dictatorial et antisocial qui a saigné le pays pendant 23 ans : un demi-million de chômeurs qui est l’un des aspects d’une casse
véritable de l’emploi (je fais allusion à la dérégulation qui produit la précarisation, notamment le sous-emploi à une très gde échelle), 10% (chiffre officiel) de la population vivant en dessous
du seuil de pauvreté… Donc, il faut prendre en compte ce legs de la dictature, auquel il faut rajouter le prix pour s’en débarrasser.
Quel honneur à payer la dette d’un dictateur ? L’honneur est du côté du peuple qui est debout et qui réclame justice.
Des moments plus difficiles, dites-vous ! Là je ne vous suis plus, vous pourriez être plus clair ?
Vous vous appuyer sur les ratios de la dette pour affirmer que le niveau de l’endettement de la Tunisie est bon. Moi je vous dis que ces ratios sont de la poudre aux yeux !
Sur les 23 années de règne de Ben Ali, la Tunisie a remboursé plus qu’elle n’a reçu au titre de la dette (je ne prends que la dette à MLT), le solde des transferts nets pour toute la période
dépasse 6 milliards de dinars. En d’autres termes, c’est la Tunisie qui finance les riches créanciers et non le contraire, ou bien, ce qu’emprunte la Tunisie ne suffit même pas à couvrir le service
de la dette. Vous trouvez cela normal ?
L’argent détourné par le dictateur et ses proches est réorienté vers les banques étrangères ou bien vers des achats de biens immobiliers ou bien des placements divers. Alors, ce que vous dites dans
le point 3, à propos des ‘ressources sorties illégalement’ n’enlève en rien la pertinence de l’audit, bien au contraire, il appuie notre cause.
L’audit de la dette n’empêche en rien un examen des autres constructions et combines financières de Ben Ali, tel que le fonds 26-26, par ailleurs mis en place sur le conseil de la BM.
Non, ‘dette odieuse’ c’est bien dette odieuse, ne faisons pas les amalgames, du genre rien n’est bon sur cette terre. Non, ce n’est pas kif-kif. Quand un dictateur emprunte de l’argent, cela veut
dire que pendant ce temps le peuple est muselé, alors que lui il fait ce que bon lui semble. Et surtout, ne me dites pas que les créanciers surveillent ! Tel dictateur, tel créancier ! Et puis,
plus du tiers de la dette extérieure publique vient des marchés financiers.
D’abord, ce n’est pas nous qui avons emprunté, mais c’est vraiment dur à faire comprendre que nous étions sous un régime de dictature ! Quand un dictateur emprunte à des créanciers, qui ne valent
pas mieux, ce n’est comme quand un frère emprunte à un frère, ou bien un ami à un ami.
Le réalisme, quel réalisme ? Celui de Ben Ali ? Non merci on a déjà donné.
Nos défis sont énormes certes, mais la majeure partie est héritée de la dictature. Justement, il s’agit de nous débarrasser de ce legs crapuleux, dont celui de la dette. Seule condition pour que la
Tunisie puisse voir son avenir en rose !
Bien cordialement
Fathi Chamkhi
Raid Attac Cadtm Tunisie


Claude QUEMAR 29/03/2011 22:45


Bonjour

En ce qui concerne votre deuxième point, il me semble que votre lecture de l'initiative PPTE est quelque peu optimiste. Rappelons tout d'abord que l'objectif de cette initiative n'était pas
d'annuler la dette des pays concernés, mais de la rendre soutenable, donc à nouveau payable.
Le bilan de l'initiative est d'ailleurs très pauvre. Les pays ayant atteint le point d'achèvement se retrouve aujourd'hui avec un stock de la dette en moyenne équivalent à ce qu'il était au début
de l'initiative. A une exception près, celle d'Haïti, aisément compréhensible, et en rappelant que ce pays a été intégré tardivement à l'IPPTE.
Deuxième remarque. Qu'en est -il des réformes dont vous parlez ? privatisations, diminution des budgets sociaux, ouverture des marchés, suppression des barrières douanières...
Avec affectation de ces ressources en faveur du développement humain ? cette même suppression des barrières douanières a imposé au Niger en 2005, dans le cadre de PPTE, d'augmenter la TVA sur les
produits de première nécessité qui n'était pas taxé auparavant. Le Niger est toujours dans le tiercé final de l'IDH. Je pourrais multiplier les exemples.
La CNUCED dans son rapport sur l'Afrique de 2007, écrit que le bilan de PPTE est négatif pour l'Afrique.
Une preuve supplémentaire en est que les objectifs du millénaire pour le développement ne seront pas atteint dans ces pays.
Triste bilan.
Enfin l'argument des privatisations pour rendre les comptes acceptables par les bailleurs a une effet boomerang : on ne peut privatiser qu'une fois ! et les ressources apportées par ces entreprises
nationales iront désormais aux actionnaires des entreprises ou fonds propriétaires, pas aux populations ou aux comptes nationaux.

Claude Quémar
Président du CADTM France