La dette dans le budget de l'Etat

Publié le par dette tunisie

Deux faits historiques ont eu lieu le 17 Décembre 2010. Le premier est le geste d’héroïsme et cri de désespoir pour la dignité du héro et martyr Mohamed Bouazizi. Ce geste a déclenché  un des tournants les plus importants de l’Histoire de la Tunisie : le déclenchement de la révolution.  Le deuxième, en apparence anodin, est la sortie de la Loi n° 2010-58 du 17 Décembre 2010. Cette loi permet d’établir la répartition du budget de l’Etat tunisien pour l’année 2011.  Cette loi a été le dernier acte de l’ancien régime de Ben Ali et symbolise d’une certaine façon l’étendue et la profondeur de la gangrène financière que son régime lègue aux citoyens Tunisiens.  En effet, elle révèle l’entendue de la dette,  et plus particulièrement le poids du service de la dette (qui correspond au paiement annuel du capital et des intérêts de la dette publique tunisienne).  


Cher lecteur bien informé, si vous êtes surpris, rassurez vous, vous n’êtes pas le seul. Car autant la révolution a été abondamment  couverte dans les media, autant personne n’a analysé la dette. Au contraire, pour des années les experts n’ont pas arrêté de nous vanter le Miracle Tunisien et nous le présenter comme un modèle économique pour le reste du monde en voie de développement. Regardons les chiffres d’un peu plus près. Le graphe (Figure 1)  synthétise les dépenses budgétées dans la loi n° 2010-58 par le régime de Ben Ali découpés  (conformément à la loi de finances) en dépenses de gestion et dépenses de développement, excepté pour la dette publique découpée en paiement des intérêts (en bleu) et paiement du capital (en rouge).

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Figure 1. Répartition du budget de l’Etat de Tunisie selon la loi de finances 2011.

Comme illustré sur ce graphe, l’ampleur du poids du service de la dette est écrasante. Ce paiement constitue le 1er poste de dépense pour l’Etat de Tunisie.  Mais la chose la plus criante concerne le poids des intérêts de la dette. Uniquement pour les intérêts, la Tunisie doit débourser pour 1245 Millions de DNT, soit le poste le plus important après l’Education !  D’ailleurs, les amateurs de désinformation goûteront avec plaisir à celle qui concerne la France qui ne compte que le paiement des intérêts dans son budget annuel tout en le faisant passer pour le paiement du service de la dette, c’est-à-dire capital+intérêts. Tout ceci pour culpabiliser les citoyens car vous savez « l’Education, la Santé, ça coûte cher ».

Voici donc le peuple Tunisien qui tout heureux de s’être débarrassé d’un dictateur qui s’accaparait de tout, s’aperçoit que le pays est endetté jusqu’au cou ? Comment est ce possible ?

 

Etant donné ce poids, il nous semble nécessaire voire vital pour la Tunisie de mettre en place un audit de cette dette qui plombe le budget de l’Etat. Ainsi, il ressort qu’en dehors de la dette, le premier poste de dépense concerne l’Education avec une forte prépondérance de dépense de gestion. Mais, juste après, en 3ème position arrive le reliquat de l’esprit de la Dictature avec un budget pour l’Intérieur colossal (1237 Millions de DNT) au regard de budgets comme la Justice (seulement 270 Millions de DNT). Nous voyons donc où se situaient les priorités du régime.

 

Autre phénomène inexpliqué et pourtant très impactant, il s’agit du poste dénommé « dépenses imprévues et non réparties » que la loi de finances a réussi (par quel miracle ?) à répartir en dépenses de gestion et de développement. Ce poids étant tout même assez significatif (874 Millions de DNT, 4 fois le budget pour l’Environnement), une enquête doit être menée pour savoir à quoi correspond ce poste dont les dépenses sont supérieures à celles destinées à l’Agriculture (830 Millions de DNT), pourtant vital pour la Tunisie.

 

Pour conclure, cet article synthétique doit servir d’approfondissement pour analyser le Budget de l’Etat pour 2011 afin de comprendre les dépenses floues (« imprévues et non réparties »), celles qui n’ont plus lieu d’être (Ministère de la Communication), et celles dont il faut réduire le poids (Ministère de l’Intérieur). Mais cet article permet d’abord de mettre en exergue l’enjeu de la campagne d’annulation de la dette odieuse tant celle-ci pèse sur l’activité de l’Etat. Car tout allégement de celle-ci sera ressenti comme une bouffée d’air frais pour des ministères tels que la Santé, la Justice ou encore des Techniques de l’Information et des Communications (TIC) qui reste aujourd’hui ridicule au vu de l’influence des TIC dans la révolution. C’est aujourd’hui que nous devons discuter des priorités sur lesquelles nous voulons construire notre nouvelle Tunisie, et la question des ressources financières doit faire partie du débat national contrairement à ceux qui prônent une gestion de l’Etat par des technocrates qui seraient naïvement apolitiques ou sans idéologie.

 

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francesca nugnes 07/04/2011 03:46


Je suis une economiste italienne qui vive a montreal, je m'implique aupres du Comité pour la Justice Social de montreal où nous faisons de la formation/ sensibilisation au sujet de la dette des
pays en developpement aupres des ecoles universités at tout oragnisme communautaire. nous souhaitons vous soutenir dans votre campagne pour l'annulation de la dette illegitime de la Tunisie,
comment pouvons nous nous impliquer? si quelqun de vous est sur montreal on pourrait organizer une conference chez nous pour nous mettre à jour sur votre campagne et sensibiliser l'opinion
pubblique montrealaise. je participerai aussi au seminaire du 9 avril à montreal sur l'economie tunisienne organisée par le PDP si jamais vous etes là aussi on pourra echanger au sujet de la dette
tunisienne.
francesca nugnes