Réflexions pour s’inventer et se réapproprier une identité économique dans un contexte de globalisation des échanges

Publié le par Dette Tunisie

Verbatim des conférences du :- Association AFAQ MOUWATNA au Mechtel : 15 Juin avec le professeur Omar Aktouf (Professeur Titulaire HEC Montreal) et le Professeur Habib Touhami (Ancien Ministre, Université Tunis) ainsi que la participation du Docteur Lamjed Bensedrine

- Cercle des Economistes Arabes au Diplomat : 18 Juin avec Mme Bekri Hammami Thouraya (Directrice Smart Finance), Monsieur Kacem Hichem ( Directeur Commercial,Dauphine, Sorbonne), Monsieur Kechida Said (OCDE), Monsieur Mouelhi Houssein (DGA Amen Bank) et Mme Yousfi Héla (Professeur Dauphine)

 
 

Quelques constats sur le modèle mécaniste et sa fin inéluctable.

Réflexions pour s’inventer et se réapproprier une identité économique dans un contexte de globalisation des échanges.

 

Préambule et Remerciements :

Je tenais tout d’abord à remercier Héla Yousfi, Samir Aita ainsi que Mohamed Ali Marouani pour m’avoir fait l’honneur de m’associer à cet événement, Le Cercle des Economistes Arabes.

Je rends hommage par la même occasion à celles et ceux qui se sont sacrifiés pour cette révolution : votre sacrifice n’a pas été vain et je souhaite que nous nous en montrerons dignes.

 

1. Introduction

 

Notre pays vit une révolution

Il s’agit pour lui de reprendre son destin en main

Par conséquent, aujourd’hui, nous sommes dans le débat d’idées et non dans une prise de décisions stratégiques qui pourraient conditionner l’avenir du pays. Ce gouvernement de transition n’en a pas la légitimité, bien que la communauté internationale salue le « programme » socio-économique présenté, programme qui n’a fait l’objet d’aucune consultation populaire ni d’aucune présentation dans ses grandes lignes ou audit sur l’existant et ses besoins, corrélés à une vision sur les 20 prochaines années.

 

On nous parle d’IDE, de privatisations,…mais quelle est la vision ?

Quel est notre rapport à la mondialisation dans un contexte de crise internationale, de crises des dettes souveraines, de tensions mondiales ?

Pour quelles raisons un audit n’a pas été fait sur nos liquidités, nos avoirs bloqués à l’étranger ainsi que sur l’exploitation de nos ressources naturelles (gaz, pétrole, eau, phosphates,…)

 

Avant de s’engager sur une somme de 25 Milliards, somme supérieure à notre dette actuelle, il conviendrait tout d’abord de positionner la Tunisie en tant que partenaire et non en tant que pays low-cost.

Quels sont les moyens pour créer de la valeur : les centres d’appel et la main d’œuvre de sous-traitance industrielle contribuent elles à augmenter notre valeur ajoutée ?

L’inadéquation entre le niveau d’études et la réalité d’un environnement de sous-traitance étranger encourage-t-il le développement de partenariats réels dans une logique de « libre-échange » ?

 

Que peut-on libre échanger avec des pays ayant un pouvoir d’achat > 10 fois le notre ?

 

Que peut-on libre échanger avec des entreprises offshores qui ne payent pas d’impôts sur les bénéfices pendant 5 à 10 ans, alors que nos entreprises nationales, celles qui fabriquent et redistribuent la valeur sont taxées.

Cette injustice sociale et nationale venant de la loi de 1972 sur les IDE, signée par Bourguiba.

 

Ces quelques questions nous amènent à définir la souveraineté du pays ainsi que les éléments intangibles et structurants pour arriver à cet objectif.

 

2. La souveraineté de la Tunisie

 

Préambule : en tant qu’expert en réduction des coûts, l’expérience m’a prouvé que tout fournisseur qui n’a pas assez ventilé son marché et dont au moins 30% de son CA est du à un seul client, se trouve en grand danger en cas de manque de trésorerie, de défaillance du client,…

 

En ce qui concerne la Tunisie, notre environnement économique et industriel, tourné vers la sous-traitance, nous met en grande dépendance des besoins du marché extérieur.

 

La Souveraineté Intangible de notre pays

 

Tout pays, entreprise ayant un taux de dépendance économique supérieur à 30%,  que cela vienne de l’extérieur  par le marché ou ses finances,  ou bien de l’intérieur par quelques oligarques, se place dans une situation de risque importante.

 

Aussi, deux principes simples pour éviter cette dérive :

  • Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier
  • Maintenir certains secteurs vitaux sous le contrôle de l’Etat-Nation

Le corollaire de ce taux de 30% : Il faut qu’il y ait la maitrise absolue de 70% de notre marché par l’Etat Tunisien et les entreprises à capitaux majoritairement tunisiens.

Quelque soient les accords internationaux et bilatéraux signés, à l’exemple de la constitution allemande.

(http://www.youtube.com/watch?v=YJnrF3j5VOE

 
)

ou à l’exemple du discours du défunt Philippe Séguin au sujet de la souveraineté du Peuple : http://www.dailymotion.com/video/xiphz5_conspiration-du-silence-extrait-du-discours-de-m-philippe-seguin-le-5-mai-1992_news

 
 

 

Quelques points fondamentaux sont essentiels pour garantir et protéger la souveraineté d’une Nation :

a)     l'auto suffisance alimentaire

b)    l'indépendance énergétique

c)     la protection et la gestion respectueuse de l'exploitation de nos ressources naturelles

d)    l'indépendance financière (notre monnaie) et économique (notre industrie)

e)     Une armée de défense nationale

 

Chacun de ces points, en interaction les uns par rapport aux autres, doit faire l’objet d’une étude  sérieuse, faite par des spécialistes.

 

Cette souveraineté et sa réalisation nous amène au point 3 de mon intervention :

 

3. Considérations sur le paradigme du modèle mécaniste/néo-libéral

--> La question du temps disponible

 

Introduction à la loi empirique de Paréto, dite « loi des 80/20 »

 

Cette loi nous dit que 80% des richesses sont détenues par 20% de personnes

Elle nous dit également que sur 100% d’une population, sa distribution statistique se mesure de cette facon :

-       80% de classes populaires         -->A

-       15% de classes moyennes          -->B

-       05% de classes aisées                 -->C

Cette distribution « normale » est aujourd’hui complètement déséquilibrée avec un rapport se rapprochant de :

-       85% de classes populaires         -->A

-       05% de classes moyennes          -->B

-       10% de classes aisées                 -->C

Ce constat nous montre simplement une augmentation de la classe populaire, une augmentation de la classe aisée et une extinction de la classe moyenne.

 

Ceci est une catastrophe car c’est de la classe moyenne qu’est fabriquée la vraie économie : petites entreprises, artisans, PME et TPE, ect… et beaucoup de celles et ceux qui appartenaient à la classe B, ont, du fait de leur glissement brutal vers la classe A, contribué à l’effondrement du système.

 

Cette catégorie de la population, la classe A, constitue la majorité du peuple.

Je vais donc me concentrer sur cette couche de la population et par la même, faire une analyse de l’échec du modèle néolibéral en introduisant la notion de « temps disponible » et son incidence sur la modélisation de la société.

 

4. Considérations sur le paradigme du modèle mécaniste.

 

Une société humaine n’est pas faite de « ressources » humaines : elle est faite par des citoyens pour des citoyens.

Reste à savoir dans quel cadre construit-on ce citoyen ?

Je ne suis pas une « ressource », je suis un être humain !

Toute cette nov-langue, celle du « pouvoir d’achat », du « capital humain », de la « gouvernance » est insupportable et réduit l’être humain à une somme de composantes, à des briques dont chaque partie devrait trouver son utilité, voire son optimisation, dans une » merveilleuse mécanique productive ».

 

Ce que je vais vous présenter, c’est un constat sur le modèle mécaniste, en dehors de toute considération ou d’idéologie politique ou quoi que ce soit.

Une approche se voulant systémique qui pose la question du quel modèle voulons-nous pour nous et nos enfants.

Voici l’évolution du « capital temps » disponible pour une famille populaire de 2 Parents et 3 Enfants, des années 1970 aux années 2010.

 

modèle néolibéral entropique

 

Interprétation du graphique :

-       en 1970 : 1 parent = 50 h/semaine suffit pour le projet

-       80-85 : 2 Parents

-       90 : 2 P + 1E

-       95 : 2P + 3E

-       2000 : La classe populaire, même avec le travail de ses enfants, est complètement exclue de la primo accession

-       2010 : 2 Cadres + Enfants et encore ils ne peuvent plus comme Portugal, en Espagne ou en Grèce.

 

En 40 ans, nous sommes passé d’un rapport de 1 à 10 pour le capital temps ! de 50h à plus de 500 h !

Ce n’est plus possible : il faut inverser cette courbe !

 

5.  Réappropriation du temps et changement de paradigme

--> Choix d’une société bâtie sur la cellule familiale et non sur l’individu et son « droit » de travailler.

 

A partir des années 80’, c’est le début de la fin : le capital temps s’est épuisé au détriment de la cellule familiale, elle même constituant une micro-société, avec un ensemble de conséquences et de choix imposés modelant la société.

  • Diminution du temps disponible pour les dépendants : nos enfants et nos parents
  • Choix de vie dicté par des considérations économiques
  • Doit-on faire 3 enfants ? --> Pas les moyens car coûte trop cher : habits, nourriture, études, santé…--> donc moins de 2 enfants ce qui est le cas pour la Tunisie d’aujourd’hui !

 

Si nous continuons dans cette voie, dans 2 ou 3 générations, il n’y aura plus de Tunisiens

 

6. Conclusions et solutions

 

A ceux qui disent qu’une régulation des naissances est nécessaire pour que l’ensemble des tunisiens puisse se nourrir, vivre dignement et s’épanouir, je dis OK.

Mais je dis également qu’avec 164 000 km2 nous pouvons nous permettre d’avoir 300 hab/km2 soit environ 50 Millions de Tunisiens qui vivront correctement :

 

-       A condition de repenser les secteurs de production des biens et des services.

-       A condition d’avoir une politique repensant une décentralisation telle que les gouvernorats aient une politique économique propre à leur richesses et ressources naturelles/ paysage/ climat/ ect… tendant vers un modèle favorisant une société sédentarisée, de telle sorte que le choix de quitter une région ne vienne que de l’envie de vouloir « voir ailleurs » et ne soit pas dicté par des considérations économiques.

 

Le choix de sédentarité pourrait « choquer » certains « penseurs » globalistes, chantres du « nomadisme ».

Mais ce « nomadisme » ne peut trouver sa réalité qu’à condition que la société soit basée sur l’individu : nous avons vu ce que cela donne !

 

Donc l’équation est la suivante : Comment faire en sorte que :

-       Les besoins primaires des 80% des citoyens des couches populaires soient couverts : se nourrir, se vêtir, se loger, s’instruire, se soigner,…

-       Le modèle de société soit bâtit sur la cellule familiale et son équilibre et non sur l’individualisme et la compétition

 

Je vous remercie pour votre attention 

Mohamed BALGHOUTHI, Tunis, les 15 et 18 Juin 2011

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