Si le G8 ne nous aide pas, va-t-on mourir de faim ?

Publié le par Dette Tunisie

Aujourd’hui, nos plus importantes sources de devises sont, dit-on, compromises par les troubles en Tunisie et en Libye. Il s’agit du tourisme (qui est compris dans la balance commerciale des biens et services) et de l’argent des émigrés. A-t-on une autre solution, même partielle, pour éviter de demander encore plus de crédits aux étrangers ? S’ils refusent de nous aider, va-t-on mourir de faim ?

Pour voire ça, estimons nos besoins vitaux en importations et estimons aussi nos exportations quasi-certaines (non menacées par la crise).

Importations vitales :

L’alimentation humaine (INS 2009): imports = 1593,2 Mlns DT ; exports = 1631,2  Mlns DT; solde = +38  Mlns DT

L’alimentation animale (INS 2009): (rubrique matières d’origine animale ou végétale) imports = 790,6 Mlns DT ; exports = 183,6 Mlns DT ; solde = -607 Mlns DT

Les vêtements nécessaires (estimation): 50 D/an/hab -> 500 Mlns DT

Les médicaments (INS 2009): imports = 575,1 Mlns DT ; exports = 41,1 Mlns DT ; solde 534 Mlns DT. Une partie seulement représente des médicaments de première nécessité, disons 500 Mlns DT.

L’énergie (INS 2009) : solde = -152 Mlns DT

Mécanique : On peut, le temps de passer la crise, suspendre l’importation de matériel roulant neuf. Cela permettrait d’augmenter l’emploi des mécaniciens dans les travaux de réparation et d’entretien. On prévoit quand même 200 Mlns DT de pièces de rechange de première nécessité.

 

Récapitulation (ordres de grandeurs):

                                                             Alimentation 600 Mlns DT

                                                              Vêtements : 500 Mlns DT

                                                              Médicaments : 500 Mlns DT

                                                              Energie : 200 Mlns DT

                                                              Mécanique : 200 Mlns DT

Total : 2000 Mlns DT

Exportations sures :

On retient les 2 secteurs suivants : phosphate et textile. Les exports agricoles ont déjà été comptés en déduction des importations alimentaires. Les exports de machines ou parties de machines, autre que le matériel roulant, s’équilibrent à peu prés avec les imports correspondants.

Exports liés au phosphate (INS 2009): 1- les engrais : solde = 835,8 Mlns DT ; 2- Produits chimiques inorganiques = 438,9 Mlns DT ; solde total = 1274,7 Mlns DT.

Exports nettes de vêtements (INS 2009):

Solde des exports: vêtements et accessoires en bonneterie = 1004,7 Mlns DT ; vêtements et accessoires autres que bonneteries = 2471,7 Mlns DT ; Chaussures = 487,8 Mlns DT

Imports de produits nécessaires aux exportations textiles : fibres et tissus = 2595 Mlns DT

Solde des exports de vêtements, nettes d’imports de fibres et tissus = 1369,4 Mlns DT

                Récapitulation (ordres de grandeur) :

                                                                              Phosphate : 1274,7 Mlns DT

                                                                              Textile : 1369,4 Mlns DT

                Total : 2644,1 Mlns DT

Ainsi, les exportations sures dépassent les importations vitales qui nous permettent de manger, nous habiller, nous soigner, réparer nos machines et payer notre combustible. Nous n’avons pas tenu compte des 2 premières sources habituelles de devises : les revenus du tourisme et des travailleurs immigrés. Ces sources ont fourni en 2007 respectivement 5800 Mlns DT et 2188 Mlns DT ! Même si ces secteurs sont durement touchés par la crise, on a de la marge pour payer nos importations vitales. Alors pourquoi toute cette panique à propos de l’argent du G8 ? Nous ne mourrons pas de faim sans ça !

 

Annexe : Balance courante et dette

Notre balance commerciale qui enregistre le solde des exports et imports de biens et services, y compris le tourisme, s’élève à -1077 Mlns DT (millions de Dinars Tunisiens, en 2007, source Banque Mondiale).  Ceci dénote donc que notre commerce extérieur dégage un déficit de 1077 Mlns DT. Pour trouver notre besoin total en argent étranger, c’est-à-dire notre balance courante, il faut tenir compte aussi de ce qui constitue notre 2ième source de devises : l’argent des travailleurs émigrés. Ce montant s’élève à 2188 Mlns DT en 2007 (toujours selon la Banque Mondiale). Il faut aussi retrancher le coût du financement étranger qui consiste en les intérêts de la dette et les dividendes des IDEs. Ce montant est de 2268 Mlns DT en 2007 (toujours selon la BM).

Récapitulation :

                               Balance commerciale                    -1077 Mlns DT

                               Transferts des émigrés                   2188 Mlns DT

                               Coût du capital étranger              -2268 Mlns DT

                               Balance courante 2007                 -1157 Mlns DT

Le déficit de la balance courante représente l’emprunt qu’a dû effectuer la Tunisie en 2007 pour boucler l’année. Ainsi, en 2007, la Tunisie a du recourir à un financement extérieur (dette ou IDE) de 1111 Mlns DT. Si on n’avait pas à payer le coût du capital étranger, on aurait une balance courante excédentaire de 1111 Mlns DT. Ainsi, on ne s’endette que pour payer les intérêts de la dette extérieure et les dividendes des IDEs.

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trabelsi 14/06/2011 09:34


La dette du Sud est insoutenable, injuste et illégitime.
Le système d'endettement est un mécanisme de subordination des peuples et des états du Sud à l'égard des pays riches du Nord.
Refuser d'annuler la dette extérieure et accepter d'imposer des politiques de réduction des dépenses du service public (social, santé, éducation..) équivaut à refuser aide à personnes et à peuples
en danger. le dette pour la Tunisie présente un fardeau lourd qui l'empêchera de se développé et d'épanouir à court et moyen terme il faut attendre une cinquantaine d'année bien sur s'il n'y a pas
d'autre demande d'emprunt pour pouvoir se lever sinon c'est un cercle vicieux de crédit et de remboursement qui ne se termine pas comme le cas de plusieur pays.
L'Argentine fut l'un des pays les plus riches du monde au début du XXe siècle avant de décliner. Au cours des années 1990, sa dette n'a cessé d'augmenter jusqu'à dépasser les 120 milliards de
dollars. Les créanciers ont continué à lui prêter des fonds, le FMI se bornant à préconiser une réduction des dépenses publiques tandis que le pays s'enfonçait dans la récession. Une crise éclata
en décembre 2001. En 2002, le pays déclara son insolvabilité eu égard à sa dette de 93 milliards de dollars vis-à-vis des créanciers privés. Les investisseurs se détournèrent du pays, et les flux
financiers en direction de l'Argentine devinrent quasi-nuls.


chokri ben youssef 09/06/2011 13:43


On est perdu dans cette masse de chiffres ! C’est l’erreur de toutes analyses descriptives. Vous défendez le point de vue selon lequel on est en mesure de surmonter nos problèmes actuels sans faire
appel à l’endettement extérieur. A première vue, votre analyse comptable qui se réfère à la balance des paiements semble être pertinente surtout lorsqu’il y a lieu d’adopter une politique
d’austérité à court terme visant à réduire les importations non indispensables pour une reproduction de notre économie. A regarder de plus près les choses s’avèrent plus compliquées puisque c’est
la logique de la totalité qui s’impose enfin de compte, la logique de la force sociale capitaliste mondiale gouvernée par l’accumulation et le taux de profit. Une telle logique n’est pas abstraite,
mais concrète et se trouve enracinée dans les intérêts des classes sociales représentatives du capital industriel et financier. En fait, c’est cette alliance qui gouverne notre FSCM et qui cherche
à sauvegarder son hégémonie par tous les moyens tels que le mécanisme de la dette extérieure. Les importations que vous cherchez à réduire sont la source des revenus rentiers d’une classe qui s’est
constituée en Tunisie depuis la décolonisation en 1956 et que l’Etat tunisien n’a cessé de défendre par tous les moyens idéologiques, législatifs, policiers. La dictature de ben Ali est le moyen
par excellence qui a servi ces intérêts par le recours à une répression sanglante à tous mouvements de contestation populaire et syndical. C’est dans ce cadre qu’il faut analyser le choix
stratégique d’importer les marchandises et les capitaux. Il s’agit de l'insertion dans la division internationale du travail imposée par le centre aux pays de la périphérie, une insertion qui
produit la dépendance commerciale et financière de notre pays.
Pour briser ce cercle vicieux de dépendance, la première tache à accomplir est de s’emparer de l’appareil de l’Etat pour décider des stratégies adéquates à adopter dans le contexte actuel. Or il se
trouve que ce n’est pas le cas, les manœuvres faites par le capital étranger et les représentants politiques de la classe des rentiers se trouvent couronnées par le succès en parvenant à engager le
pays dans un processus infernal d’endettement extérieur tout en retenant les politiques néolibérales adoptées par Ben Ali. La présence d’un gouverneur de la banque centrale comme Mustapha Nabli (ex
employé de la BANQUE MONDIALE) rend notre économie sous la tutelle des institutions financières mondiales et leurs alliés locaux.
Que reste t il à faire dans un tel contexte ? Certainement la tache révolutionnaire urgente consiste à continuer la lutte et la mobilisation en s’opposant aux intérêts de cette alliance, partout ,
dans tous les secteurs, chose qui ne va plaire au gouvernement dit de transition, d’ailleurs, le dernier discours d’ Essibsi demande d’une manière claire de cesser toutes les revendications, grèves
et set in sous prétexte d’assurer la relance économique.
Au fond, ses revendications sont nuisibles pour l’alliance stratégique entre le capital étranger et les rentiers puisqu’elles cherchent à modifier, au moins d'une manère partielle, la règle de
répartition des revenus à fond néolibéral. Citons à ce titre, les luttes engagées pour rompre avec la sous traitante sur le marché du travail, celles engagées actuellement par TUNISIE TELECOM et
TUNIS AIR……
Le ministre des affaires sociales parlent d’une montée des grèves de 250% avec un taux de participation de 85% des salariés.
C’est dans ce sens qu’il faut œuvrer sans oublier le but stratégique celui de s’emparer de l’appareil de l’Etat force concentrée de la société. Cette lutte a pour théâtre toute la forme sociale
capitaliste mondiale et à pour but d’abolir le fétichisme de l’argent.