Pourquoi il ne faut pas exporter les bénéfices des IDEs non-exportateurs

Publié le par Dette Tunisie

 Imaginez un fonctionnaire qui vit et travaille en Tunisie et qui a un salaire en Dinars. Il possède une belle maison qu’il décide de vendre et de la louer à l’acheteur pour continuer à l’habiter. Après quelques années, il dépense tout l’argent de la maison qu’il a vendu. Cependant, il doit toujours payer un loyer. Donc avec cette vente, il a privilégié son avenir proche au cours duquel il a bien vécu avec l’argent de la vente de sa maison, au détriment de son avenir lointain au cours duquel il devra se serrer la ceinture pour payer le loyer.

Imaginez en plus que l’acheteur de la maison est un étranger qui lui réclame de payer le loyer en Euros, chose que notre ami a accepté dés le départ sans trop réfléchir aux conséquences. C’est ce qu’a fait la Banque Centrale en garantissant le paiement des dividendes des IDEs (investissements directs étrangers) en devises : http://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/documents/cir9317.pdf

 

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Comme son salaire est en Dinars, il n’a pas de revenus en Euros. Il ne peut pas changer les Dinars en Euros puisque tout le monde veut échanger des Dinars contre Euros en raison de la faiblesse de nos exportations par rapport à nos importations. Il doit donc emprunter des Euros pour payer son loyer. Par conséquent, au loyer s’ajoutent les intérêts de la dette qu’il doit ainsi contracter.

D’après l’INS, les dividendes nets payés à l’étranger par la Tunisie, qui sont le loyer des capitaux étrangers directs, équivalents au loyer que paye le fonctionnaire pour ce qui était sa maison, étaient de 726 300 000 Dinars en 2000. Ils ont atteint 2 516 700 000 Dinars en 2008. Dans le même intervalle, le PIB (la production intérieure brute annuelle de l’économie Tunisienne) est passé de 26 650 900 000 Dinars en 2000 à 49 506 000 000 Dinars en 2008. Ainsi les dividendes exportés du pays ont été multiplié par 3,47 alors que le PIB n’a été multiplié que par 1,85. Ceci est dû à l’augmentation des IDEs et au fait que les IDEs sont beaucoup plus rentables que la moyenne de l’économie nationale. Ainsi les IDEs « écrèment» l’économie nationale, c’est-à-dire qu’ils nous prennent la crème de notre économie. Comme le fonctionnaire imprévoyant, nous devons emprunter des Euros pour payer ces dividendes en Euros car ces dividendes sont surtout constitués des dividendes des IDEs non-exportateurs (qui ne génèrent pas de devises). Ou bien nous devons accepter de vendre encore d’autres secteurs aux étrangers pour pouvoir payer. La croissance fulgurante de ces dividendes fait qu’ils représentent désormais une charge d’environ 4,5% du PIB sur notre balance courante, charge bien plus lourde que les intérêts de la dette qui représentent 1,5% du PIB. Si nous continuons à payer ces dividendes en devises, notre seul choix à court terme pour faire face à cette ascension fulgurante est soit de nous endetter davantage, ce qui ne fait que reporter le problème en l’aggravant, soit de vendre des secteurs de notre économie.

En fait, les crédits que négocie la Tunisie auprès du G8 ne vont servir qu’à payer ces dividendes. Il arrive à la Tunisie exactement ce qui est arrivé à notre fonctionnaire imprévoyant.

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